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Engager les élèves dans un dispositif numérique et à distance

Depuis février 2020, le contexte sanitaire a généré de nombreux bouleversements à l’échelle mondiale, avec pour conséquence particulièrement notable l’accélération du recours au numérique à tous les niveaux de la société.
Du côté de l’École et de l’enseignement supérieur, la crise a massifié l’apprentissage à distance et contraint l’Éducation Nationale à déployer des moyens pour gérer ce cas de figure. Cela a mis en exergue la complexité de l’utilisation du numérique dans l’enseignement, depuis l’accès aux infrastructures jusqu’à la formation des enseignants sur le sujet. Aujourd’hui nous allons nous intéresser particulièrement à la problématique d’engagement des élèves vis-à-vis d’un dispositif de formation à distance.

1. De nouvelles pratiques et comportements culturels

a. L’omniprésence du numérique dans la vie personnelle des élèves vient-il bouleverser le rapport à l’Ecole ?

Les « digital natives » ou natifs du numérique : c’est en ces termes qu’on désigne les enfants nés entre la fin des années 1980 et le début des années 1990 et qui ont grandi dans un environnement numérique, pendant l’explosion du web et le déploiement des premiers smartphones1. Aujourd’hui, 97% des enfants entre 12 et 19 ans possèdent un téléphone mobile ou un smartphone. Malgré le développement des réseaux sociaux, et l’exposition à une infinité d’informations et de ressources en ligne, le numérique a encore du mal à franchir les portes de la classe.

Afin d’expliquer cela, il a été avancé que les jeunes enfants passant trop de temps devant un écran présenteraient davantage de troubles de l’attention que les autres2. Pourtant, une récente étude transversale portant sur plus de 120 000 jeunes de 15 ans au Royaume-Uni a révélé que le temps passé par les enfants à utiliser des technologies numériques ne constituait pas un facteur déterminant vis-à-vis de supposés effets néfastes que cette utilisation engendrerait3.
En outre, il semblerait que la pratique des jeux vidéo représenterait même une opportunité pédagogique en ce qu’elle favorise le développement de trois types de compétences cognitives : la spatialisation en trois dimensions, l’intelligence déductive et la capacité à réaliser plusieurs tâches ou « multitasking »4. Si l’on en croit ces études, l’École n’aurait-elle pas intérêt à tirer un meilleur parti du champ des possibles offerts par les outils numériques ? C’est avec cette idée que de nombreux outils utilisés dans le milieu professionnel pour se former réutilisent les codes du jeu et constituent ce qu’on appelle des « serious game » (littéralement jeux sérieux), dont l’activité combine une intention « sérieuse », de type pédagogique avec des ressorts ludiques. Ces outils pédagogiques gamifiés permettent un meilleur engagement des apprenants vis-à-vis d’un dispositif numérique et sont également de plus en plus utilisés dans l’Education Nationale dans le cadre de l’enseignement à distance.

2. Une opportunité pédagogique : le numérique peut-il améliorer l’engagement des élèves ?

a. Quelques clés du succès pour un enseignement à distance réussi

L’enseignement à distance avec des outils digitaux requiert souvent un investissement plus important de la part des parents. En effet, la salle de classe numérique est divisée en écrans, l’enseignant n’est plus présent dans la même pièce que l’élève et ne peut donc pas avoir le même contrôle de sa classe. Chaque élève est dans un contexte différent, plus ou moins propice au travail et à l’apprentissage. Les parents ont donc un rôle important à jouer par un accompagnement plus poussé de l’enfant dans son apprentissage et en s’assurant de la qualité de son environnement de travail.

Aux yeux des partisans de l’intégration du numérique à l’École, l’opportunité d’apprendre de manière autonome par cette voie passe aussi par le développement d’une culture numérique dès le plus jeune âge. Pour cela, les jeunes élèves doivent être mis en situation d’apprentissage et de création par le biais de ces instruments numériques, afin de leur donner la possibilité d’exploiter au mieux ces outils et d’en connaître également les enjeux et les limites5.

b. Les pédagogies innovantes

Une opportunité pédagogique intéressante en cette période a consisté à s’inspirer de la classe inversée, c’est-à-dire à pratiquer une inversion de la nature des activités d’apprentissage en classe et à la maison.
Dans ce cadre, l’enseignant peut demander aux élèves de travailler de manière asynchrone les leçons via des ressources en ligne, et profiter de sessions de visioconférence pour échanger avec eux, donner du sens au contenu scolaire et mettre en pratique par des exercices d’application. Des outils de visioconférence offrent de nombreuses possibilités d’interaction. La continuité pédagogique en plus d’être assurée, se voit enrichie de nouvelles pratiques pédagogiques innovantes.

L’initiative de l’association les « Savanturiers » est aussi un bon exemple de pédagogie innovante, initiée à partir de l’interrogation suivante : « Comment faire en sorte que les élèves soient engagés dans des apprentissages rigoureux et ambitieux tout en préservant leur curiosité, leur créativité, et leur capacité à questionner ? ». Le programme éducatif propose de mener dans les classes des projets d’éducation par la recherche sous le mentorat de scientifiques et avec l’appui de l’équipe des Savanturiers.

Pour l’association, le domaine de la Recherche représente un « modèle » pour l’École, car celle-ci est faite de projets collaboratifs, de coopération, d’ouverture à l’international, etc. Pendant le premier confinement, alors que les élèves suivaient leurs enseignements à distance, les enseignants ambassadeurs et mentors scientifiques Savanturiers ont imaginé des défis scientifiques à soumettre aux élèves. Les enfants pouvaient s’amuser à les résoudre, seuls, en équipe ou même en famille. Cette approche ludique et originale a rapidement séduit les enfants tout comme les parents qui en demandaient toujours plus.

3. L’IA permet d’offrir une expérience d’apprentissage adaptée

En éducation, l’intelligence artificielle offre de multiples opportunités, dont celle de personnaliser les parcours d’apprentissages en fonction du profil des apprenants. Cette individualisation, fruit de la récolte et de l’analyse de données générées par l’élève en situation d’apprentissage ou récoltées par l’enseignant dans un outil dédié, permet de connaître son profil cognitif, ses points faibles et ses points forts, de recommander des ressources éducatives adaptées, d’identifier les ressources les plus efficaces compte tenu de sa progression, etc.

Ce type de solutions innovantes est une des réponses possibles à la problématique d’engagement des élèves dans l’apprentissage à distance. Elles leur permettent d’apprendre et de progresser à leur rythme et selon leur profil apprenant. L’Education Nationale est en train de mener des partenariats d’innovation sur l’intelligence artificielle avec des acteurs privés pour tester ces possibilités offertes par l’IA. Ces outils exploitent le potentiel de nouvelles technologies tout en laissant l’humain au cœur du système : ils accompagnent et assistent l’enseignant au quotidien mais celui reste maître de ses choix pédagogiques.

Conclusion

En définitive, le modèle traditionnel de l’Ecole pourrait être amené à évoluer vers une hybridation de l’apprentissage avec le développement de nouveaux outils numériques permettant de gérer la classe à distance et d’assister le professeur, tout en préservant le lien humain et l’apprentissage social, qui resteront toujours des piliers de l’école du XXIe siècle.

Sources :

1 Il y a plus de 5 milliards d’objets connectés aujourd’hui dans le monde et on estime qu’il y en aura 50 milliards en 2020. 97 % des jeunes entre 12 et 19 ans possèdent un téléphone mobile, bijou technologique dont la puissance de calcul est cent fois supérieure à celle des ordinateurs embarqués à bord d’Apollo 11 pour atteindre la lune en 1969. Ils le transportent partout avec eux : dans la rue, dans les transports, dans les lieux de loisir, les cafés… On aurait tendance à penser qu’ils écoutent de la musique, jouent ou envoient des SMS. Or, à l’époque actuelle, le smartphone est de plus en plus utilisé à des fins de recherche d’informations, d’acquisition de connaissances, y compris en classe où son usage, malgré de nombreuses réticences, est en train de se développer.

2 Selon une étude menée auprès de 2300 enfants canadiens d’âge préscolaire : “Screen-time is associated with inattention problems in preschoolers: Results from the CHILD birth control study” de PLOS ONE. 

3 Przybylski et Weinstein, « A Large-Scale Test of the Goldilocks Hypothesis » (Essai à grande échelle de l’hypothèse de Boucle d’or), p. 209–210.

4 Les mondes virtuels et l’école – Les Dossiers de l’ingénierie éducative, n° 65, mars 2009, p. 16-17

5 « Le numérique, de nouvelles propositions pour l’éveil culturel des enfants ? », The Conversation, l’expertise universitaire, l’exigence journalistique.